PARENT ZEN, MODE D’EMPLOI

Non, il n’est pas utile de donner des ordres, encore moins des punitions. Hausser le ton, c’est contre-productif, tout comme une foule d’autres petits gestes que nous posons tous quand même quotidiennement avec nos enfants.

Votre fille fait une crise ? Proposez-lui un verre d’eau, suggère aussi la psychothérapeute française Isabelle Filliozat, qui s’appuie ici sur les dernières recherches entourant le développement du cerveau des enfants pour proposer des outils très concrets aux parents d’aujourd’hui. Invitée la semaine dernière au festival Metropolis bleu, nous l’avons rencontrée pour discuter de ces fameux outils. 

RIEN NE SERT DE LEVER LE TON

« Notre objectif, en levant le ton, c’est d’obtenir que notre enfant nous écoute, explique la psychothérapeute d’une voix évidemment douce. Or en levant le ton, nous activons au contraire leur niveau de stress. Du coup ils subissent une attaque, et leur cerveau leur dicte de fuir, ou de s’immobiliser. L’enfant va soit se rebeller, soit fuir ou s’immobiliser. En tout cas, il ne va pas nous écouter ! »

Quoi faire, alors ? 

« Travailler en amont », répond Isabelle Filliozat. Au lieu de crier à son enfant qui risque de traverser la rue seul : « Donne-moi la main ! », il s’agit de le préparer, dans un souci de tous les instants, à l’importance de cette règle.

« Je sais que je veux que mon enfant traverse la rue en me donnant la main, poursuit-elle. Donc je vais préparer mon enfant, répéter les règles ; si je joue avec ses peluches, répéter aux peluches qu’il faut traverser en tenant la main. »

LES ORDRES SONT CONTRE-PRODUCTIFS

« Pour tous les humains, à part en situation d’extrême danger (“Tout le monde par terre !”), l’ordre est contre-productif, tranche la psychothérapeute. Pourquoi ? Parce que l’ordre est entendu par notre cerveau verbal, mais le passage au cerveau préfrontal ne se fait pas. Or le cerveau préfrontal est celui qui nous donne la capacité de décider de nos comportements, d’avoir un libre arbitre. Si on exige un comportement sans considérer le libre arbitre, on déclenche un stress, donc une rébellion. »

Quoi faire, alors ?

« On l’observe très clairement dans les classes. Si vous exigez des enfants qu’ils ouvrent leur cahier à la page 15, ils ne vont pas le faire, ou le faire à reculons. Si vous leur demandez à quelle page nous sommes rendus, la réaction est complètement différente. » Idem avec un enfant à qui l’on ordonne d’aller au bain ou de s’habiller. Essayez de lui proposer une course, à la place. Ou de lui demander s’il préfère son canard jaune ou son bateau bleu, une robe ou une jupe. « En mobilisant le cerveau préfrontal, il est disponible pour apprendre. »

LES PUNITIONS NE MARCHENT PAS

« Et tous les parents le savent ! », dit-elle. Pourquoi, alors, continuons-nous à donner des punitions ? « Parce que ça soulage le parent. Ça donne l’impression de faire quelque chose. Ça marche pour contraindre un enfant, mais ça ne règle rien. Avant 13 ans, l’enfant n’a pas de réelle compréhension des relations de cause à effet. Le cerveau a du mal à apprendre de ses erreurs. En plus, la punition déclenche une méfiance, on rompt la relation, et l’enfant est habité par un sentiment d’injustice. »

Selon elle, la punition se trompe surtout de cible. « La punition s’adresse au comportement, or le comportement n’est qu’un symptôme de quelque chose. Seules les pédagogies qui vont s’adresser aux causes du comportement vont avoir un effet durable. »

Quoi faire, alors ?

« Responsabiliser l’enfant », répond la psychothérapeute. Votre enfant a volé le jouet d’un ami ? « Il faut l’aider à prendre conscience de l’importance de son comportement sur l’autre, le faire écouter l’autre, et l’éduquer à la résolution de problèmes. Il va arriver lui-même à la conclusion : je le lui rends. Et chercher à faire quelque chose pour réparer la situation. » Parce que, souligne-t-elle, « aucun enfant ne désire réellement faire du mal à un autre ».

FACE À UN ENFANT EN CRISE, OFFREZ UN VERRE D’EAU 

Un verre d’eau ? Oui, insiste Isabelle Filliozat, puisque bien des crises sont en fait des réactions à une situation de stress. « Le contact du verre dans la main distrait le cerveau et l’oblige à sentir quelque chose, ce qui ralentit le rythme cardiaque. Le fait de boire de l’eau va en plus hydrater les cellules et donner plus de possibilités au cerveau de faire face au stress. » En prime, ajoute-t-elle, en tendant la main à l’enfant, le parent lui « fournit de l’attention », « et cela fournit de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Cela va diminuer l’excitation de l’amygdale, donc le stress va diminuer à son tour. »

Ah bon ?

Faut-il le rappeler ? « Aucun enfant n’aime faire de crise, dit-elle. Il a au contraire besoin d’outils pour les gérer. »

LA QUESTION DU TEMPS

Si, comme nous, à la lecture de toutes ces suggestions, vous vous dites que dans le feu de l’action, on n’a pas toujours le temps de travailler en amont, d’éduquer à la résolution de problèmes, ou de laisser l’enfant trouver lui-même une réparation, Isabelle Filliozat vous répondra que tout cela finira au contraire par vous faire gagner du temps. Gagner du temps ? Parfaitement, insiste-t-elle. « Parce qu’en réalité, on perd énormément de temps à répéter, à répéter encore, et à punir. En plus, on perd dans la qualité de la relation », dit-elle. Selon elle, dix minutes de jeu avec un enfant par jour améliorent déjà grandement la relation. « C’est impressionnant !, dit-elle. L’enfant est plus à l’écoute, et désire davantage coopérer. » Et un enfant qui coopère naturellement, finalement, « ça fait gagner du temps » !

’ai trouvé ce terme de « tempête émotionnelle » dans le livre d’Isabelle Filliozat « J’ai tout essayé ». Ainsi, nous pouvons tous nous imaginer la situation que beaucoup de parents connaissent au moins X fois dans leur vie : colères, crises, caprices…

Ce dessin et le texte qui l’accompagne (extraits du livre) l’illustrent à merveille.

j'ai tout essayé

Tout d’abord, voici une première vérité : Essayer de calmer une tempête émotionnelle par de la violence (cris, fessées, signes d’énervement..) est INEFFICACE et DESTRUCTEUR sur le long terme. L’enfant n’obtient aucune réponse à ses besoins (qu’il exprime comme il peut et pas comme il veut) et cela a tendance à créer de nouvelles frustrations. La situation se présentera donc de nouveau. De plus, l’enfant va REPRODUIRE ce qu’il a vécu (vu, entendu, senti) avec ses pairs…ou contre vous. La violence engendre la violence. C’est ainsi. Enfin, l’enfant aura peur d’avoir mal et aura même des craintes vis à vis de celui ou celle qui lui a fait mal. Martin Seligman nous expliquait que c’est le meilleur moyen de bloquer le développement et l’apprentissage de l’enfant.

Je vous donne par conséquent des conseils issus de mon expérience et saupoudrés des sages paroles d’Isabelle Filliozat.

 

Montrez l’exemple pendant la crise :

Gardez votre calme. Ayez des gestes précis et doux. Parlez lentement à un niveau sonore légèrement plus bas qu’habituellement (l’enfant tendra ainsi progressivement l’oreille en reprenant le contrôle de son cerveau et de ses sens).

Serrez-le contre vous :

Deux raisons essentielles :

1) La sécurité de l’enfant est la priorité : serrez-le avec tendresse contre vous même s’il essaie de s’échapper. Ceci évitera que, sur le coup de la colère, il se renverse une étagère sur lui ou se blesse d’une autre manière.

2) Le contact physique fait baisser le stress et sécurise (effet de l’ocytocine).

Après la crise, donnez-lui une mission :

Une fois la crise terminée, proposez à votre enfant de boire (un verre d’eau, pas de boissons sucrées). Puis donnez lui une « mission » afin qu’il se sente utile et focalise son attention. De plus, cela lui permettra de gagner en autonomie et en confiance en vivant de nouvelles expériences.

Voici quelques exemples :

« tu vas m’aider à trouver les articles de la liste de courses ! le premier qui les voit gagne 1 point ! ».

« Tu tiens le panier ! Cela m’aidera beaucoup. »

« Cela t’amuserait de biper les produits (avec la scannette) ? »

« D’après toi, combien coûtent toutes ces courses ? »

« On va peser les pommes. Tu me guides ? »

j'ai tout essayé 2

Voici d’autres précieux conseils pour prévenir plutôt que guérir :

Avant de prendre la route pour le magasin, donnez-lui une mission comme celles décrites plus haut.

 

N’allez pas au magasin pendant les heures de repas :

La faim stresse et l’enfant réclamera (à raison) des palliatifs. De plus, la litanie des « j’ai faim », entamera votre propre patience.

 

Ne pratiquez pas le chantage et ne promettez pas si vous n’êtes pas sûr de remplir votre promesse :

Le chantage est à éviter absolument : « Si tu es sage, tu auras le jouet/le bonbon que tu me réclames. »

Si vous vous engagez là-dedans, vous ne pourrez plus jamais en sortir…et votre enfant ne fera plus rien « gratuitement ».

Par « ne promettez pas si vous n’êtes pas sûr de remplir votre promesse », j’entends : « au supermarché, je te paierai un tour de manège ! ». Et là, un des évènements suivants se produit :

– vous n’avez pas de monnaie

– pas le temps

– le manège est en panne

Bref, des sources de déconvenue pour votre enfant et donc un risque de crise.

 

Apprenez-lui la patience :

« Tu veux ce jouet ? nous le rajouterons à ta liste de Noël/ d’anniversaire et nous la relirons ensemble. »

 

Développez sa créativité :

« Et si on en construisait un à la maison. »

Votre enfant veut un jouet ? Et si vous le construisiez plutôt que de l’acheter ? Cela promet une activité riche et amusante avec la satisfaction d’un « travail » accompli après des efforts ! Gratifiant !

 

Annoncez-lui le programme :

Avant d’aller faire des courses avec votre enfant, expliquez-lui ce que vous allez faire dans le détail. L’idéal serait qu’il vous aide à faire la liste de courses. Ainsi, il sera encore plus impliqué dans « la mission » dont je parlais plus haut.

 

Chantez :

Dans la voiture, diffusez de la musique joyeuse et invitez-le à chanter. Je vous conseille d’avoir un CD ou un titre MP3 sous la main qui évoque ces instants où l’ambiance est gaie. Ainsi, vous déclencherez un état mental et physique positif quand vous l’écouterez. Vive l’ancrage positif !

 

Encouragez les efforts mais ne le jugez pas personnellement :

« Je suis fier de ton comportement. »

« C’est une joie de faire les courses avec toi. »

Ne dites pas : « tu es sage », « tu es excité »,… ce sont ses actes qui comptent. Valorisez-les.

 

Limitez l’exposition aux publicités TV :

Rien de tel que la TV pour faire naitre l’envie…La TV met le cerveau dans un état particulier (presque hypnotique). Ainsi, les publicités (et leur répétition) s’insinuent en profondeur dans la tête de nos enfants. Les produits qui y défilent sont autant d’objets de convoitise.

 

ça s’est bien passé ? capitalisez !

Les courses se sont bien déroulées? Parlez-en avec votre enfant en décrivant tout ce que vous avez aimé. Cela l’aidera à associer courses et bonne humeur en fabriquant une image mentale empreinte d’émotions positives.

La simple évocation future de ce souvenir augurera d’une nouvelle réussite.

 

Testez-vous !

Une fois que vous aurez mis en place ces conseils, faites une visite au rayon ou au magasin de jouets avec le sourire. Tout est sous contrôle.

 

Et pour 100% de réussite quand tout cela ne fonctionne pas :

Et pour éviter tout problème, mais c’est dommage car vous manqueriez un important chapitre de son apprentissage de la vie et du vôtre, passez au drive ou faites des commandes en ligne…

 

Harcèlement, mobbing, bullying. Autant de mots pour décrire la violence verbale et physique qui se joue parfois entre élèves. Un phénomène qui prend de l’ampleur à cause des réseaux sociaux. La fin d’un tabou?

Il y a eu ces cas tragiques en France. Mattéo, 13 ans, poussé au suicide parce qu’il en avait marre qu’on se moque de ses cheveux roux. Et puis, Marion, même âge, qui s’est pendue après avoir été harcelée par ses camarades. «Va te pendre», «sale pute», «tu ne sers à rien»... Le harcèlement, c’est ça: des mots qui lynchent, répétés souvent sur plusieurs mois, voire des années, des coups aussi dans certains cas. Une relation asymétrique entre un ou plusieurs agresseurs et une victime. Qui pousse parfois le souffre-douleur au geste fatal. 

En Suisse aussi, on en parle de plus en plus. Des enquêtes genevoises et valaisannes, qui ont porté respectivement sur 3000 et 4000 élèves, arrivent à la même estimation: 5 à 10% des jeunes sont harcelés dans le cadre de l’école obligatoire. Ce qui représente quand même, en extrapolant, quelque 70500 élèves chaque année, qui seraient victimes de violences verbales ou physiques. Un taux légèrement inférieur aux statistiques françaises qui parlent de 15% des enfants du primaire. Tous ces chiffres sont évidemment à nuancer, mais sans doute en deçà de la réalité, puisque cette violence invisible n’est pas toujours portée à la connaissance des institutions.

Certains élèves harcelés voient leurs notes chuter.

Pas vraiment de profil type

Le profil de l’enfant harcelé? Il n’en existe pas vraiment. Peut-être un enfant qui se défend un peu moins bien que les autres, souvent des aînés de fratrie, d’après Emmanuelle Piquet. La psychologue française, auteure de l’ouvrage Te laisse pas faire! (Ed. Payot, 2014), avance que «les aînés ont souvent fait un apprentissage fort trompeur, celui de l’amour inconditionnel de leurs parents et pensent légitimement que la cour de récréation va être aussi enveloppante.» Le harceleur? La plupart du temps, un enfant qui a été harcelé au préalable (60% des agresseurs sont également victimes du harcèlement sur les réseaux sociaux, d’après la psychologue) et qui cherche à asseoir sa popularité en mobbant un plus faible.

La faute à Facebook?

En fait, il y a toujours une (mauvaise) raison de s’en prendre à un camarade. Couleur de cheveux, tour de taille, style vestimentaire, tout peut être sujet à moquerie. Une forme de violence qui toucherait davantage les garçons que les filles. De même on retrouverait davantage de garçons (21,3%) que de filles (9,9%) parmi les auteurs de harcèlement (enquête nationale Health behaviour in school-aged children 2010 auprès de 714 classes suisses).

Mais quoi, le phénomène aurait-il pris de l’ampleur? Certains cantons ont pris des mesures pour parer au pire dans les établissements scolaires. Vaud travaille justement à ce délicat dossier et Genève a mis sur pied un protocole d’intervention ainsi qu’une formation à destination de tous les adultes des établissements scolaires, du concierge à l’équipe enseignante. «En fait, le problème n’est pas nouveau, mais les études montrent désormais que le harcèlement a un impact direct sur la réussite scolaire des élèves, sur leur santé physique et psychique ou sur le taux d’absentéisme», souligne May Piaget, responsable du groupe Climat scolaire à la direction générale de l’Office de l’enfance et de la jeunesse à Genève.

Même s’il n’y a rien de neuf depuis La guerre des boutons, quelque chose a changé: le seuil de tolérance, ainsi que les moyens utilisés. Facebook, Instagram, WhatsApp donnent une autre ampleur à des disputes qui, avant, se réglaient entre pairs dans le préau. Du coup, les atteintes à l’image sont plus fortes au vu de la vitesse de diffusion des réseaux sociaux. Alors, la faute à Facebook? «Non, le cyber-harcèlement n’est souvent que le prolongement de ce qui se passe dans la vie réelle des élèves. En donnant une ampleur qui va bien au-delà de la cour d’école, les réseaux sociaux ont au moins le mérite de briser l’omerta autour du harcèlement», conclut May Piaget.

Un élève harcelé est isolé du groupe, spécialement lors des cours de gymnastique.

Témoignages

«Déménager était la seule option»

Maman à Monthey, trois enfants, dont Gaëlle*, 13 ans

«C’est à 11 ans que ma fille a commencé à rentrer en pleurs de l’école. Jour après jour, on l’a vue dépérir.» Maux de ventre, diarrhées inexpliquées. Et puis, Gaëlle, qui était pourtant bonne élève, a vu ses notes chuter. Elle a alors parlé de ce qui se passait à l’école: trois garçons n’arrêtaient pas de l’embêter. Insultes quotidiennes, moqueries, on critiquait ses origines françaises. Ensuite on lui a cassé sa plume, pris son portable, les bousculades sont devenues des injures, «sale pute».

Entrevue avec la prof et les parents des trois garçons concernés. Aucun résultat, juste l’impuissance des uns et le déni des autres. «J’aurais souhaité qu’on la change de classe ou d’école. On nous a dit que ce n’était pas possible, que ce qui se passait entre les cours ou à la récréation n’était pas vraiment du ressort de l’école.»

Mais quand Gaëlle a commencé à parler de suicide, ses parents ont décidé de partir. «On a fait des sacrifices pour le bonheur de notre fille. Déménager était la seule option.» La famille s’est installée en Valais, Gaëlle a retrouvé une vie sociale et le plaisir d’aller en classe. Mais l’amertume demeure: «Il n’y a pas eu assez de sanctions: on identifie les fauteurs de trouble, mais on les laisse en place.»

«Seuls mes poings m’ont sauvé»

Laurent*, 23 ans, Fribourg

Depuis son enfance, Laurent ressemble à une force de la nature. Mais à 9 ans, alors qu'il débarque en milieu d’année scolaire du canton de Vaud dans un petit collège de la Glâne fribourgeoise, Laurent reste désemparé lorsqu’il est pris en grippe par une bonne partie de sa nouvelle classe. «Ils m’ont traité d’étranger et de gros con dès la première matinée.»

Ni le professeur de classe ni des parents auxquels Laurent ne se confie pas ne peuvent empêcher les mauvaises blagues sur sa petite surcharge pondérale, les bousculades et les insultes.

Laurent continue d’être la tête de Turc en 4e et en 5e années de primaire, s’inventant des maladies pour aller le moins souvent possible à l’école.

Il faudra attendre le passage chez les «grands» du cycle d’orientation pour que le harcèlement cesse. Par lassitude de ses harceleurs? «Non, en me battant. Des dizaines et des dizaines de fois. De plus en plus violemment. J’avais pris confiance en ma force et sans autre solution, je tapais. Petit à petit j’ai cessé d’être leur victime.» Avec le recul, Laurent parvient-il à comprendre l’origine de cette longue période d’enfer scolaire? «Je ne crois pas être arrivé en victime. J’étais juste suffisamment différent pour constituer la cible idéale.»

«Je n’arrive pas à oublier ni à pardonner»

Maman à Lausanne, deux enfants, dont Mathilde*, 16 ans

«Ça a commencé en primaire. Ma fille aînée, qui avait alors 9 ans, est devenue agressive, s’énervait au moment des devoirs, cassait ses crayons. Je pensais que c’était une mauvaise passe.» Mais les troubles se sont amplifiés: perte d’appétit et de sommeil, cernes noirs. C’est là que Mathilde a avoué que ça n’allait pas avec les copines: «Elle se faisait encercler à la récré, traiter de connasse.» Chaque jour, des petites vexations, jamais invitée à un anniversaire, jamais choisie dans les équipes à la gym. «Elle rentrait à la maison, prenait son doudou et se mettait en position fœtale. C’est du mobbing d’enfant!»

Entrevue avec la prof et les parents concernés, qui ne débouche sur rien. L’école propose de changer Mathilde d’établissement. «Mais pourquoi déplacer la victime alors que les autres ne sont même pas punies?» Les problèmes ont continué au collège, sous la houlette des mêmes meneuses. Quand Mathilde est tombée malade, une fièvre inexpliquée de plusieurs jours, ses parents décident de la changer d’école. «Ça a pris trois ans pour qu’elle revive normalement. Encore aujourd’hui elle est terrorisée à l’idée de recroiser ses anciennes camarades. Je n’arrive pas à oublier ni à pardonner.»

«J’ai dû fermer mon compte Facebook»

Anna *, 16 ans, Mont-sur-Lausanne

«A 10 ans, je me suis retrouvée avec des copines qui s’habillaient pareil, en minijupes, alors que je mettais des gros pulls. Elles m’ont prise en grippe.» Racket d’argent de poche, insultes, gifles. Qui ont continué à travers les années. «Mais je n’en parlais pas à mes parents.» Et puis, les injures ont commencé à pleuvoir sur sa page Facebook. «Elles me traitaient de boudin. Et mettaient des photos trafiquées de moi sur les réseaux sociaux. J’ai fermé mon compte.»

L’école devient une phobie pour Anna. «Je me mutilais, je me faisais vomir, je ne savais plus pourquoi je vivais. Les enfants qui se sont suicidés, ça aurait pu être moi.» Un état qui alerte sa mère. Après discussion avec les profs, on lui propose un suivi psychologique et un cours de théâtre. «Ça m’a aidée d’écrire, de raconter mes émotions.»

Deux des harceleuses, qui suivaient aussi ce cours, arrêtent de l’embêter. Mais pas la meneuse qui mandate un garçon. «Il m’envoyait des photos de couteau en me disant que j’allais payer. Un jour, il m’a attendu devant chez moi, où il m’a fait tomber sur le dos.» C’est la goutte de trop: l’enseignante l’encourage à déposer plainte. Tout s’est arrêté. Anna suit une formation pour travailler un jour avec les enfants en difficulté.

«On a vécu cinq ans d’enfer!»

Maman à Echallens, deux enfants, dont Colette*, 12 ans

«J’ai toujours appris à mes enfants la tolérance. Mais l’école, c’est la jungle. Maintenant je les encourage à savoir se défendre», lâche cette maman de deux enfants, dont la fille aînée a été harcelée dès l’école enfantine. Toujours par la même camarade. Qui l’isolait, montait tout le monde contre elle, avec un crescendo dans la violence. «Je la voyais s’éteindre, perdre le sommeil, l’appétit, se voûter le dimanche soir à l’idée de retourner à l’école le lendemain.»

Railleries, insultes, coups, claques. Humiliations et moqueries à la gym, sans que jamais quelqu’un ne prenne sa défense. Colette rentrait avec des pantalons troués, des vestes déchirées, des touffes de cheveux en moins. Beaucoup de choses se passaient à l’arrêt de bus ou dans la cour d’école, où l’on n’hésitait pas à vider son sac dans les flaques d’eau. «Les enseignants ne voyaient rien ou ne voulaient rien voir, minimisaient ces histoires, disant que c’étaient des affaires de gamines.»

L’institution propose à Colette de changer d’école, mais ses parents refusent – «C’est injuste, pourquoi est-ce à la victime de s’en aller?» – et préfèrent inscrire leur fille à un cours d’autodéfense. Histoire de lui redonner confiance en elle. Mais ça n’a pas réglé le problème. Un jour, du haut de ses 10 ans, elle a lâché qu’elle préférait mourir que d’aller à l’école.

«On se sent démuni face à ça en tant que parent. On ne sait plus ce qu’il faut faire. On a vécu cinq ans d’enfer!» Cette maman décide alors de prendre à part la harceleuse et de lui dire entre quatre yeux d’arrêter, la menaçant à son tour de lui taper dessus. «Je ne suis pas fière de ce que j’ai fait ce jour-là. Mais depuis cette entrevue, ça s’est arrêté.»

* tous les prénoms sont fictifs

 

C'est le choix le plus cornélien et le plus culpabilisant pour les mères : faut-il retourner travailler ou élever ses enfants ? À cause des contraintes financières, par envie, par hasard... Des femmes expliquent leur décision et font le bilan. Enquête.

Combien sont-elles chaque année à peser le pour et le contre : rester à la maison avec Junior ou reprendre le travail ? « Cette situation est aberrante ! Il faudrait pouvoir faire les deux. Aux États-Unis, il n’est pas rare qu’une femme exerce à mi-temps avec des responsabilités importantes. En France, c’est inenvisageable : il faut choisir entre carrière et enfants », se désole Isabelle Filliozat, psychothérapeute et auteure de Maman, je ne veux pas que tu travailles ! (Éditions Dervy Poche). Un choix parfois cornélien, comme en témoigne Hélène. « J’aurais adoré pouponner, mais financièrement c’était impossible. Au début, je pleurais tous les matins en déposant mon fils chez la nounou », raconte cette quadragénaire, avant d’expliquer que la situation s’est normalisée au bout de quelques semaines. Hélène peut-elle rétrospectivement se féliciter d’avoir pris la bonne décision ? « Quel que soit son choix, la mère ressent toujours de la culpabilité », répond la psychothérapeute. Alors quitte à culpabiliser, Marlène Schiappa n’a pas hésité : elle est retournée bosser sans sourciller !

Si ma mère m’avait demandé mon avis, je lui aurais conseillé de bosser !

« Je ne vois que des bonnes raisons à cela », justifie la présidente de l’association Maman travaille, avant de dresser une liste d’arguments longue comme le bras. Selon elle, les mères actives sont moins intrusives, puisque leur quotidien ne tourne pas exclusivement autour de leur marmaille. En outre, elles permettent à leurs bambins d’être davantage au contact d’adultes, ce qui est un gage de leur épanouissement personnel. Enfin, elles transmettent à leur progéniture un modèle en phase avec leur discours. « Il me semble difficile de dire à sa fille de travailler à l’école pour avoir un bon métier quand on n’a soi-même jamais flirté avec l’univers professionnel », illustre Marlène. Des propos auxquels Yohann adhère totalement. « Si ma mère m’avait demandé mon avis, je lui aurais conseillé de bosser ! », répond-il du haut de ses 35 ans. La raison ? Il a très mal vécu la pression maternelle durant son enfance. « Son job, c’était de s’occuper de ses trois enfants. D’une certaine manière, nous étions ses employeurs : elle travaillait pour notre réussite scolaire. Mais à l’adolescence, elle nous l’a reproché ! À l’entendre, elle s’est sacrifiée pour nous. Comme si les gamins que nous étions avaient eu le pouvoir de lui dicter sa conduite. En réalité, elle n’a jamais assumé son statut de femme au foyer », analyse le jeune homme avec le recul.

Des blogs contre la solitude

À l’instar de la mère de Yohann, nombreuses sont celles qui n’assument pas le fait de ne pas travailler. À cause, notamment, du regard de la société. « Quand mes bébés sont nés, j’ai voulu me consacrer à eux. Je n’avais pas envie de me réveiller à 40 ans et de me dire que je n’avais pas vu grandir mes enfants. Personne dans mon entourage ne m’a comprise. Parfois, j’ai l’impression d’être un cas social. Celle qu’on montre du doigt en disant : "Si tu ne fais rien à l’école, tu finiras comme elle". C’est hyper violent », témoigne Lou, 32 ans. Si le jugement est souvent difficile à supporter, la solitude aussi. « Je suis totalement épanouie dans mon rôle de maman à plein temps, mais je dois reconnaître que le grand bémol de ce "métier", c’est l’isolement », confirme Émilie. Pour le rompre, certaines ouvrent un blog, d’autres suivent ceux qui cartonnent comme Serialmother, créé par Jessica Cymerman. « Je reçois beaucoup de messages de femmes qui me remercient de les faire rire en détournant les joies de la maternité. Ça leur permet de dédramatiser et de se rassurer : elles ne sont pas seules à vivre ça », commente la blogueuse, également auteure de Ce que les mères n’avouent jamais (Éditions Leduc).

Déjà difficile, cette situation l’est encore plus quand elle est subie. « Mon salaire n’aurait pas couvert les frais de garde, d’autant que mes horaires étaient variables d’un jour à l’autre. Je n’ai donc pas eu vraiment le choix . J'ai arrêté mon job », témoigne Émilie. Si cette ex-coach sportive déclare s’éclater aux côtés de ses « deux loulous », c’est loin d’être le cas de toutes les femmes confrontées à la même situation. « Il n’existe aucune formation pour apprendre à élever sa progéniture. C’est une occupation chronophage, qui génère souvent des réactions émotionnelles fortes. Pas étonnant que certaines craquent ou tombent dans la dépression », déplore Isabelle Filliozat. Pour éviter de sombrer, une seule solution : voir du monde. Réunions organisées par la Leache League ou l’Union nationale femmes actives et foyer (FAEF), échanges avec des groupes de parents, sorties au parc à plusieurs… tout est bon ! Sans oublier bien sûr le meilleur : garder du temps pour son couple et ses virées entre copines

Il saute sur le canapé, il court partout dans l'appartement, il se traîne par terre dans les magasins... Vous n'en pouvez plus de cette agitation,... "Arrête, calme-toi!" 

Pourquoi nos enfants ont autant d'énergie? Que pouvons nous? 

LA NATURE DES ENFANTS EST DE BOUGER
L'enfant explore le monde avec son corps. Il fait des expériences grâce à toutes les parties de son corps. 
Il s'éclate avec son corps. 

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QUE PASSE T'IL POUR LE PARENT? 
Cependant, ce besoin fondamental de bouger est en conflit avec notre besoin de calme, de repos, de respect... 
Difficile d'avoir un petit zébulon à côté de soi, alors que nous avons besoin de nous reposer un peu après une journée de travail difficile. 
Nous lui demandons de cesser de gesticuler dans tous les sens. Il se peut, alors, qu'il s'arrête, cependant il va garder en lui le besoin de bouger: ses membres qui demandent à s'agiter, ses pieds à sauter, sentir de l'énérgie dans tout le corps, son coeur qui fait boum-boum (comme le coeur de maman quand j'étais dans son ventre)...
Il va contenir tout cela, et à force de contenir la bombe risque d'éxploser en crise, en pleurs... 

COMMENT FAIRE? 
Dans un premier temps, vous pouvez donner de l'information et parler de vous, de votre ressenti " J'ai eu une journée fatiguante au travail, j'aurais besoin de calme". 
Il est fort probable que cela ne soit pas suffisant, car votre enfant a lui aussi des besoins, qu'il n'arrive pas à négliger. 

Vous pouvez, alors, lui proposer un choix "Sois tu restes ici dans le calme, sois tu va danser dans ta chambre" Il a donc la possibilité de gesticuler, et de votre côté votre besoin de calme et de respect  seront entendus. 

Et dans les magasins, comment faire, me diriez-vous? 
L'enfant n'a pas connaissance des codes sociaux, il ne réfléchit pas. Il se reconnecte seulement à ses instincts primaires et fondamentaux. 
Un magasin peut être un super lieu de jeu pour nos enfants, ils peuvent y vivre de formidables aventures à se cacher dans les rayons sous les vêtements, à ramper sur ce sol lisse... Mais voilà, que rapplique encore et encore, le fameux regard de l'autre! 
En donnant de l'information en amont, votre enfant sera capable de savoir ce que vous attendez de lui. Il ne sait pas, il n'est pas capable de deviner, il ne se rappelle pas de tous les codes... 
"Nous allons dans le magasin, j'ai besoin que tu restes près de moi durant tout ce temps, après nous irons faire du vélo au parc. Tu es d'accord?" 

Et malgré toutes ces précautions, votre enfant continue à sauter sur le canapé. Et pourtant vous avez formulé de manière positive, donner de l'information... "Le canapé est fait pour s'asseoir" 
Une amie m'avait partagé son astuce.Son enfant devait lui demander s'il pouvait sauter sur le canapé, ce qui lui permettait parfois de dire "non" quand elle sentait que ça bouillonnait en elle. 

L'enfant avait donc la possibilité, avec l'accord de ses parents de sauter sur le canapé. Elle lui donnait un temps: 2, 5, 10 minutes... 
Bien entendu, j'ai testé cette idée avec mes enfants. Souvent, épuisés, ils s'arrêtaient avant la fin du timer. Ils avaient pu sauter, cela leur avait fait du bien. 

ET SI ON S'ECLATAIT TOUT ENSEMBLE? 
En permettant à votre enfant de bouger, en le laissant libre de ces mouvements, en acceptant ce besoin, votre enfant sera capable de rester immobile. 
Il aura pris plaisir à décharger, à lâcher, à se reconnecter à ses plaisirs fondamentaux, il prendra ainsi plaisir à rester calme et tranquille. 

Il saute, court... "Je vois que tu as envie de bouger"
Vous pouvez lui proposer un jeu de chahut. Les fidèles du blog savent à quel point j'adore le jeu et je vous le recommande vivement. Vous pouvez relire les articles sur ce sujet. 

Vous pouvez aussi lui proposer de danser. 
Cela vous demandera de puiser dans votre reste d'énergie pour vous lancer dans le mouvement, et renverser la vapeur. 
Cependant rapidement vous allez ressentir des effets bénéfiques. Ce moment de danse ou de chahut va répondre au besoin de votre enfant, il va aussi permettre de sécréter de l'ocytocine, l'hormone du bonheur, il va déclencher des rires, il va vous mettre en lien avec votre enfant. Il va recharger son réservoir... et le votre aussi. 
Dansez à la vie, Dansez en famille 
Mettez de la musique transe, electro avec des boum-boum comme le coeur dans le ventre de maman. 
Laissez vous aller, faites les mouvements qui vous font plaisir, qui vous donne le sourire: des balancements, des sauts, ramper par terre... 
Vous allez voir qu'après ce temps de lâcher prise en mouvement, quand tout sera déchargé, votre enfant aura la possibilité de vous accorder un moment de calme.