° Le cerveau du tout-petit ne lui permet pas de gérer se...

Accueil >  >  > 

Le cerveau du tout-petit ne lui permet pas de gérer ses émotions

Je reviens d’un colloque à Paris sur le jeu et les émotions de l’enfant. L’intervention du Dr Catherine GUEGUEN, pédiatre, spécialiste en haptonomie, communication non violente et soutien à la parentalité, était très intéressant et j’ai envie de vous faire partager ce que j’ai retenu et comment je l’ai compris.

Elle nous a expliqué que le cerveau de l’enfant est immature, fragile, vulnérable. Les circuits qui relient le cortex et le cerveau émotionnel ne sont pas encore fonctionnels. Une grande partie du cerveau se forme avant 5 ans mais cette formation se prolonge jusqu’à l’adolescence. Du fait de cette immaturité, le tout petit ne peut pas gérer et réguler ses émotions seul. Il n’y arrivera que vers 5 – 6 ans… Du coup, ce que nous considérons comme une petite colère est vécue comme une crise de rage pour lui, en son intérieur. Il a besoin de l’aide d’un adulte bienveillant pour accompagner ses émotions : mettre en mots, comprendre ce qu’il ressent, l’autoriser à ressentir et exprimer, offrir un contenant si nécessaire.

- mettre des mots : expliquer ce que l’on comprend de la situation (« tu es triste parce que tu as perdu ton jouet »)

- comprendre ce qu’il ressent (« je comprends, moi aussi je serais triste si j’avais perdu mon jouet, tu l’aimais tellement »)

- l’autoriser à ressentir et exprimer (« c’est normal d’être triste / tu as le droit d’être triste, je comprends que tu ais envie de pleurer »). Dire à l’enfant : « arrête de pleurer », c’est comme lui demander de ne pas montrer ses émotions.

- offrir un contenant : entourer l’enfant de ses bras, c’est lui offrir un cocon sécurisant dans lequel il pourra se laisser aller (« est-ce que tu veux un câlin ? Pleure, ça va passer »)

Si l’enfant ne vide pas son sac émotionnel, s’il n’exprime pas complètement son émotion, celle-ci ressortira à un moment ou à un autre, sous une forme différente ou non (colère, pleurs…). Est-ce qu’il ne vous est jamais arrivé, à vous adulte, d’être triste et de pleurer, pleurer jusqu’à ce que vous ayez l’impression de ne plus avoir de larmes, de vous sentir vidé, épuisé mais bien ? BIEN. Ou quand vous êtes en colère, vous criez, vous vous énervez, en tous cas vous l’exprimez. Autorisons ces petits bouts en construction à en faire autant. Si l’enfant ne peut pas s’exprimer librement, il va refouler ses émotions. Le risque est qu’il devienne un adulte stressé, anxieux, agressif, insatisfait ou indécis.

Souvent, on se dit « il fait exprès, il me cherche ! ». Non, il ne mesure pas ce qu’il fait. Il exprime l’émotion qu’il se prend de plein fouet et ne peut pas réguler. Son cerveau est immature, il est incapable de faire autrement. Attention ! Cela ne veut pas dire qu’on autorise tout et n’importe quoi aux tout-petits pour cette raison. Non. Mais on l’accompagne. On lui apprend petit à petit à s’exprimer et à gérer. Pour info et selon elle, un vrai caprice n’existe pas avant 5 ans, quand l’enfant est capable de comprendre ce qui se joue et fait une colère intentionnelle pour obtenir ce qu’il veut.

Le Dr GUEGUEN a ajouté que tout ce que vit l’enfant va modifier son cerveau, sa génétique. Les relations pendant la petite enfance sont donc très importantes. Le cerveau adulte évolue également mais il est moins malléable que celui de l’enfant. Les adultes bienveillants font maturer les connexions du cerveau en général et du cerveau émotionnel en particulier.

Baby-schreienSource : Club suisse des parents (un article très intéressant)

Par contre, toute situation stressante ou inquiétante est très grave pour un cerveau immature. Quand le stress ou la peur sont importantes, ces émotions détruisent des cellules cérébrales. Quand le stress est permanent, le corps sécrète du cortisol qui détruit des neurones. De même, une peur importante est nocive car l’amygdale (= centre de la peur) est mature dès la naissance mais le cerveau étant immature, la peur est ressentie mais non gérée par l’enfant. Les souvenirs de peurs importantes sont gravées dans l’amygdale. A l’âge adulte, nous n’en avons pas conscience mais elles peuvent resurgir à tout moment (et ça, j’en ai fait l’expérience !). Il y a la peur du noir, des chiens, des monstres…

Cela peut être aussi quand l’adulte se fâche. L’enfant peut avoir peur ou même être angoissé car ne sachant pas gérer ses propres émotions, il reçoit en plus les émotions de l’adulte qu’il ne comprend pas. Il faut mettre des mots sur les émotions de l’enfant mais aussi sur les nôtres : les lui expliquer.

La pédiatre a également abordé la question des punitions corporelles. Selon l’Unicef, 90 à 95% des adultes dans le monde donnent une gifle ou une fessée, 85% en France. Ce chiffre est énorme… Quand il y a une punition corporelle (elle a précisé qu’elle ne parlait pas de « la » fessée donnée exceptionnellement), le cortex diminue de volume. Stress, peur = destruction de cellules cérébrales et de neurones. Le cerveau n’aura donc pas un développement optimal. Toute humiliation répétée (chantage, menace, châtiment corporel) provoque une altération du cerveau.

Elle nous a invité à visionner le reportage « si j’aurais su, je serais né en Suède », d’une jeune française partie en Suède, pays dans lequel la fessée (entre autres) est illégale depuis 34 ans. Les Suédois sont très surpris qu’il soit légal de frapper un enfant en France et ailleurs, alors qu’on est puni par la loi pour avoir frappé un adulte…

Concernant la peur, elle nous a recommandé d’éviter de parler de loup, monstre ou sorcière avant 5 ans. Comme elle l’a expliqué, le cerveau de l’enfant ne lui permet pas de gérer ses émotions et la peur est une des plus difficiles à réguler. Les autres professionnelles de la petite enfance et moi-même avons été surprises car nous avons toutes dans nos structures (crèches ou autres) des livres sur ces personnages et nous avions plutôt l’impression que les enfants apprivoisaient leur peur grâce à ces ouvrages. Nous avons remarqué qu’ils aiment en général se faire peur (= jeu de cache- cache par exemple). Elle nous a alors répondu que les jeux avec d’autres enfants ou avec adultes ne procurent pas le même stress car c’est réel, les personnes existent, alors que les loups, monstres et sorcières vivent dans l’imaginaire débordant de l’enfant, imaginaire qu’il ne maîtrise pas non plus. Je pense que cette question mérite qu’on se penche encore dessus. ça me fait réfléchir, je ne suis pas convaincue à 100%… Je pense néanmoins qu’il est important de bien choisir les histoires car certaines font vraiment peur et qu’il faut parler avec l’enfant de ce qu’il voit, comprend. Et puis évitons de lui dire « si tu fais des bêtises, j’appelle le loup ! » :-)

Pour approfondir le sujet, vous pouvez lire l’ouvrage du Dr GUEGUEN, intitulé « Pour une enfance heureuse, repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau ». Elle y revient sur la construction du cerveau et le lien avec la gestion des émotions, en prenant des exemples. Je pense qu’il fera partie de ma bibliothèque (quand j’aurai fini les 3 livres que j’ai commencés…).

Madame Gazouille

Pour une enfance heureuse

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123website.ch
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

19.02 | 12:32
IMAGES a reçu 5
16.02 | 22:31
Vidéo a reçu 1
16.02 | 22:28
MENUS DE LA SEMAINE a reçu 13
16.02 | 19:59
TEXTES, ARTICLES a reçu 1
Vous aimez cette page